Onze minutes - Paulo Coelho

« Tout me dit que je m'apprête à prendre une mauvaise décision, mais les erreurs sont une manière d'avancer. Qu'est ce que le monde veut de moi ? Que je ne prenne pas de risques ? Que je retourne d'où je viens, sans avoir le courage de dire oui à la vie ?
J'ai déjà commis une erreur lorsque j'avais onze ans et qu'un garçon est venu me demander de lui prêter un crayon ; depuis lors, j'ai compris que parfois il n'y a pas de seconde occasion, et qu'il vaut mieux accepter les cadeaux que le monde vous offre. Bien sûr, c'est risqué, mais ce risque est-il plus grave q'un accident dans l'autocar qui a mis quarante-huit heures à me conduire jusqu'ici ? Si je dois être fidèle à quelqu'un ou à quelque chose, je dois d'abord être fidèle à moi-même. Si je cherche l'amour véritable, je dois d'abord en finir avec les amours médiocres que j'ai rencontrées. Le peu d'expérience que j'ai m'a appris que personne n'est maître de rien, que tout n'est qu'illusion - et cela va des biens matériels au biens spirituels. Celui qui a perdu quelque chose qu'il croyait assuré (ce qui m'est arrivé souvent) finit par apprendre que rien ne lui appartient.
Et si rien ne m'appartient, je n'ai pas besoin non plus de me soucier des choses qui ne sont pas à moi ; plutôt vivre comme si aujourd'hui était le premier (ou le dernier) jour de mon existence. »

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« Aujourd'hui je suis passée devant un parc d'attractions. Comme je ne peux pas dépenser mon argent avec insouciance, j'ai préférer observer. Je suis restée très longtemps devant les montagnes russes : je voyais que la plupart des gens entraient là en quête d'émotions mais, une fois que les véhicules se mettaient en marche, ils mouraient de peur et suppliaient qu'on les arrête.
Que voulaient-ils ? S'ils avaient choisi l'aventure, ne devaient-ils pas être prêt à allé jusqu'au bout ? Ou bien pensaient-ils qu'il aurait été plus intelligent de ne pas passer par ces hauts et ces bas, et de rester sur un manège à tourner en rond ?
En ce moment, je suis trop seule pour songer à l'amour, mais je dois me persuader que cela va passer, que je trouverai l'emploi qui me convient, et que je suis ici parce que j'ai choisi ce destin. Les montagnes russes, c'est ma vie. La vie est jeu violent et hallucinant ; la vie, c'est se jeter en parachute et prendre des risques, tomber et se relever, c'est de l'alpinisme, c'est vouloir se montrer au sommet de soi-même et être insatisfait et angoissé quand on n'y parvient pas.
Il n'est pas facile d'être loin de ma famille, de la langue dans laquelle je peux exprimer toutes mes émotions et mes sentiments. Néanmoins, à compter d'aujourd'hui, quand je serai déprimée, je me rappellerai ce parc d'attractions. Si j'avais dormi et que je me réveillait brusquement dans les montagnes russes, que ressentirais-je ?
Eh bien, j'aurais d'abord la sensation d'être prisonnière, j'aurais peur des courbes, envie de vomir et de descendre de là. Mais si j'ai la conviction que les rails sont mon destin, que Dieu dirige la machine, ce cauchemar se transforme en excitation. Les montagnes russes ne sont plus ce qu'elles sont, un divertissement sûr et fiable, ayant une fin. Cependant, tant que dure le voyage, il me faut regarder le paysage autour, et hurler d'enthousiasme. »

Onze minutes - Paulo Coelho

# Posté le lundi 24 novembre 2008 08:26

Modifié le lundi 24 novembre 2008 08:47

La part de l'autre - Eric-Emmanuel Schmit

La part de l'autre - Eric-Emmanuel Schmit
« Hitler aimait se rêver plutôt qu'être; rêver qu'il faisait plutôt que faire. Assis sur un chariot métallique, il déroulait sous son crâne la légende de sa vie, bruissante de mille éloges, mille compliments enivrants, beaucoup d'honneur et une réputation universelle. »

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« C'est étrange, l'amitié. Alors qu'en amour, on parle d'amour, entre vrais amis on ne parle pas d'amitié. L'amitié, on la fait sans la nommer ni la commenter. C'est fort et silencieux. C'est pudique. C'est viril. C'est le romantisme des hommes. Elle doit être beaucoup plus profonde et solide que l'amour pour qu'on ne la disperse pas sottement en mots, en déclarations, en poèmes, en lettres. Elle doit être beaucoup plus satisfaisante que le sexe puisqu'elle ne se confond pas avec le plaisir et les démangeaisons de peau. En mourant, c'est à ce grand mystère silencieux que je songe et je lui rends hommage. »

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« Adolf H. contemplait pensivement le soleil amorcer sa descente derrière l'horizon. Il aimait le moment où la nature devient un artiste inspiré, risquant des colorations aberrantes, osant des ciels vert pomme, orange, braise, risquant toutes les teintes de son nuancier en l'espace d'une demi-heure. »

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« L'artiste raté, l'ancien clochard, le soldat incapable de prendre du galon, l'agitateur de brasserie, le putchiste d'opérette, l'amant vierge des foules, l'Autrichien devenu allemand au prix d'une astuce administrative prenait la tête d'un des pays les plus riche et les plus cultivés d'Europe.
Il avait crié tellement fort que certains l'avaient entendu. Ils avaient voté pour lui.
Il avait crié tellement fort que certains l'avaient trouvé ridicule. Ils s'étaient laissé manoeuvré par lui.
Cent fois, mille fois, il avait pourtant proclamé ses démons : détruire les Juifs, supprimer les communistes, se venger de la France, s'étendre à l'est, puis à l'ouest... Il avait toujours dit que la guerre était un droit, que la guerre serait nécessaire. Jamais personne n'avait joué un jeu si agressif et si clair. Jamais personne n'avait fait de la haine l'unique ressort de la politique. On l'avait trouvé convainquant. On l'avait trouvé grotesque. Mais presque personne ne l'avait trouvé dangereux. Comment peut-on se montrer aussi sourd ? Hitler n'était pas un menteur. Il livrait avec franchise ses vérités obscènes. Et cela même le protégeait. Car les hommes sont habitués à juger les êtres sur leurs actes, non sur leurs paroles. Ils savent qu'entre l'intention et la réalisation, il manque un chaînon : le pouvoir d'agir. Or, le pouvoir, ils venaient de le donner à Hitler. Peut-être pensaient-ils que l'exercice de gouvernement allait modérer l'extrémiste, comme il est d'usage ? Qu'Hitler allait se calmer en apprenant la dure loi de la réalité ?
Ils ignoraient qu'ils n'avaient pas désigné un homme politique, mais un artiste. C'est-à-dire son exact contraire. Un artiste ne se plie pas à la réalité, il l'invente. C'est parce que l'artiste déteste la réalité que, par dépit, il la crée. D'ordinaire, les artistes n'accèdent pas au pouvoir : ils se sont réalisés avant, se réconciliant avec l'imaginaire et le réel dans leurs oeuvres. Hitler, lui, accédait au pouvoir parce qu'il était un artiste raté. Il avait répété depuis dix ans : « Nous prendrons le pouvoir légalement. Après...»
Après, le pouvoir, c'était lui. »

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« Il fit route pour Vienne où il reçut un accueil enthousiaste. Vienne, la ville qui l'avait humilié, refusé, jeté à la rue, réduit à la mendicité et au vagabondage, Vienne où il avait eu froid, faim, où il avait douté de lui, Vienne la byzantine, l'orientale, l'enjuivée, la courtisane sans scrupules et couverte de bijoux, Vienne se vautrait comme une chatte amoureuse sous ses pieds. Placé au dessus de deux cent cinquante mille personnes qui gémissaient de joie sur la place des Héros, il voyait mourir son passé, ses échecs, s'asservir ceux qui l'avaient rejeté et il savouraient, entre ses mâchoires serrées, ce délicieux goût de sang qu'accompagnent les extases du ressentiment. A Linz, il avait joui de joie. A Vienne, il jouissait de vengeance. »

# Posté le lundi 20 octobre 2008 14:59

Modifié le lundi 24 novembre 2008 08:14

Le jongleur de mots - Virginie Atterte-Stevens

Le jongleur de mots - Virginie Atterte-Stevens
« Il est des jours, il est des nuits où l'esprit s'envole vers des ailleurs lointains. Plus rien ne semble vrai. Vous voguez vers l'horizon. A ce moment, si vous avez de la chance, vous rencontrerez le jongleur de mots. Je ne peux vous le décrire, son physique est changeant. Hôte de l'Empyrée, il n'est pourtant pas un dieu. Ce jongleur est un être étrange, lutin et ogre parfois, mais toujours malicieux. Il est blanc, il est noir, mais se nourrit de couleurs. Personne ne sait son nom. Des myriades de mots papillonnent autour de lui. Il les capture dans son filet et les entraîne dans une ronde infinie. Autour de son visage, ces mots se bousculent : galéjade, mâchicoulis, microcosme, grelot, ximénie, pomme d'amour... Comme le petit Prince et son renard, ce jongleur espiègle apprivoise les mots. Sa collection est extraordinaire et ne cesse de s'enrichir. Les mots sont ses amis et il construit un monde particulier. Le brouhaha qui l'entoure est total. Mais, peut-on demander à un mot d'être silencieux ? De toute façon, ce bruit rend heureux. Le jongleur de mots est l'ami de tous les écrivains. S'il était féminin, on le nommerait Muse. Mais il n'est ni homme, ni femme ou est les deux à la fois. Il est agréable comme le zéphyr mais peut se déchaîner si l'envie lui prend. Ne le craignez pas, il est riche de vos pensées les plus secrètes.
Pour croiser le jongleur de mots, vous devez sortir de vous-même. Mais attention ! Il ne vous parlera que si l'enfant blotti en vous est encore vivant. Je le sais, je l'ai rencontré. C'est lui qui m'a soufflé ces mots... »

# Posté le lundi 06 octobre 2008 13:50

Je l'aimais - Anna Gavalda

« Je pensais que j'étais larguée.
C'est drôle comme les expressions ne sont pas seulement des expressions. Il faut avoir eu très peur pour comprendre « sueurs froides » ou avoir été très angoissée pour que «des n½uds dans le ventre» rende tout son jus, non ?
«Larguée», c'est pareil. C'est merveilleux comme expression. Qui a trouvé ça ?
Larguer les amarres.
Détacher la bonne femme.
Prendre le large, déployer ses ailes d'albatros et baiser sous d'autres latitudes.
Non, vraiment, on ne saurait mieux dire...
Je deviens mauvaise, c'est bon signe. Encore quelques semaines et je serai bien laide.

Parce que le piège, justement, c'est de croire qu'on est amarrée. On prend des décisions, des crédits, des engagements et puis quelques risques aussi. On achète des maisons, on met des bébés dans des chambres toutes roses et on dort toutes les nuits enlacés. On s'émerveille de cette... Comment disait-on déjà ? De cette complicité. Oui, c'était ça qu'on disait, quand on était heureux. Ou quand on l'était moins... »

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«
- Le chagrin de ceux par qui le malheur arrive...
Ceux qui restent, on les plaints, on les console, mais ceux qui partent ?
- Mais qu'est-ce qu'il veulent en plus, m'emportai-je, une couronne ? Un mot d'encouragement ?!
Il ne m'entendait pas.
- Le courage de ceux qui se regardent dans la glace un matin et articulent distinctement ces quelques mots pour eux seuls : « Ai-je le droit à l'erreur ? » Juste ces quelques mots... Le courage de regarder sa vie en face, de n'y voir rien d'ajusté, rien d'harmonieux. Le courage de tout casser, de tout saccager par... par égoïsme ? Par pur égoïsme ? Mais non, pourtant... Alors qu'est-ce ? Instinct de survie ? Lucidité ? Peur de la mort ?
« Le courage de s'affronter. Au moins une fois dans sa vie. De s'affronter, soi. Soi-même. Soi seul. Enfin.
« "Le droit à l'erreur", toute petite expression, tout petit bout de phrase, mais qui te le donnera ?
«Qui a part toi ?
»

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« Les gens de mauvaise foi sont très fort pour trouver des prétextes. »

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« On biaise, on s'arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s'y attache. C'est la vie. Il y a des courageux et puis ceux qui s'accommodent. C'est tellement moins fatiguant de s'accommoder... »

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« Je parle aujourd'hui parce que c'est toi, parce que c'est ici, dans cette pièce, dans cette maison, parce qu'il fait nuit et parce qu'Adrien te fait souffrir. Parce que son choix me désespère et me rassure aussi. Parce que je n'aime pas te voir malheureuse, j'ai fait trop souffrir moi-même... Et parce que je préfère te voir souffrir beaucoup aujourd'hui plutôt qu'un tout petit peu toute ta vie.
« J'en vois des gens souffrir un peu, rien qu'un peu, rien qu'à peine mais juste ce qu'il faut pour tout rater, tu sais... Oui, à mon âge, je vois ça beaucoup... Des gens qui sont encore ensemble parce qu'ils se sont arc-boutés là dessus, sur cette petite chose ingrate, leur petite vie sans éclat. Tous ces arrengements, toutes ces contradictions... Et tout ça pour en finir là...
« Bravo, bravo, bravo ! On a tout enterré, nos amis, nos rêves et nos amours, et maintenant, ça va être notre tour ! Bravo, les amis ! »
Je l'aimais - Anna Gavalda

# Posté le dimanche 10 août 2008 09:56

Modifié le dimanche 10 août 2008 10:28

Mes amis, mes amours - Marc Lévy

Mes amis, mes amours - Marc Lévy
« On est tous seul Antoine, ici, à Paris, ou ailleurs. On peut essayer de fuir la solitude, déménager, faire tout pour rencontrer des gens, cela ne change rien. A la fin de la journée, chacun rentre chez soi. Ceux qui vivent en couple de se rendent pas compte de leur chance. Ils ont oublié les soirées devant un plateau-repas, l'angoisse du week-end qui arrive, le dimanche à espérer que le téléphone sonne. Nous sommes des millions comme ça dans toutes les capitales du monde. La seule bonne nouvelle c'est qu'il n'y a pas de quoi se sentir si différents des autres. »

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«
7 août 1943

Ma fille,mon tendre amour,

C'est la dernière lettre que je t'écris. Dans une heure ils vont me fusiller. Je partirai la tête haute, fier de n'avoir pas parlé. Ne t'inquiète pas de ce grand malheur qui nous touche, je ne vas mourir qu'une fois, mais les salaud qui vont tirer mourront autant de fois que l'histoire les nommera. Moi je te laisse en héritage un nom dont tu seras fière.
Je voulais rejoindre l'Angleterre, je vais saigner dans la cour d'une prison de France, mais pour toi comme pour elle, vos liberté valaient ma vie. J'ai combattu pour une humanité meilleure et j'ai la grande confiance que tu réaliseras les rêves que je ne ferai plus.
Quoi que tu entreprennes, ne renonce jamais, la liberté des hommes est à ce prix.
Ma petite Yvonne, je repense à ce jour où je t'emmenais à la grande roue des Ternes. Tu étais si jolie dans ta robe à fleurs. Tu pointais ton doigt sur les toits de Paris. Je me souviens du v½u que tu avais fait. Aussi avant qu'ils ne m'arrêtent, j'avais caché pour toi dans le coffre d'une consigne un peu d'argent mis de côté; il te servira. Je sais maintenant que les rêves n'ont pas de prix, mais cela t'aidera peut-être quand même un peu à réaliser le tien, là où je ne serai plus. Je glisse la clé dans ce portefeuille, ta mère saura te guider là où il faut.

J'entends les pas qui viennent, je n'ai pas peur, sinon pour toi.
Tu vois, j'entends la clé qui tourne dans la serrure de ma cellule et je souris rien qu'en pensant à toi, ma fille. En bas, dans le cour, attaché au poteau, je dirai ton prénom?
Même si je meurs, je ne te quitterai jamais. Dans mon éternité, tu seras ma raison d'avoir été.
Accomplis - toi, tu es ma gloire et ma fierté.

Ton papa qui t'aime
»

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« Dans le taxi qui la ramenait vers Brick Lane, Audrey se disait que le mieux serait peut-être de ne plus jamais aimer. Pouvoir tout effacer, oublier les promesses, recracher ce poison au goût de trahison. Combien de jours et de nuits faudrait-il, cette fois encore, pour cicatriser ? Surtout, ne pas penser maintenant aux week-ends à venir. Réapprendre à contrôler les battements de son c½ur quand on croit voir l'autre au détour d'un carrefour. Ne pas baisser les yeux quand un couple s'embrasse sur un banc devant vous. Et ne plus jamais, jamais attendre que le téléphone sonne.
S'empêcher d'imaginer la vie de celui qu'on a aimé. Par pitié, ne pas le voir lorsqu'on ferme les yeux, ne pas penser à ses journées. Hurler que l'on est en colère, qu'on vous a trompée.
Que sera devenu le temps de la tendresse, des mains qui se croisaient quand on marchaient ensemble ? »

# Posté le vendredi 08 août 2008 04:57

Modifié le vendredi 08 août 2008 15:59