J'ai déjà commis une erreur lorsque j'avais onze ans et qu'un garçon est venu me demander de lui prêter un crayon ; depuis lors, j'ai compris que parfois il n'y a pas de seconde occasion, et qu'il vaut mieux accepter les cadeaux que le monde vous offre. Bien sûr, c'est risqué, mais ce risque est-il plus grave q'un accident dans l'autocar qui a mis quarante-huit heures à me conduire jusqu'ici ? Si je dois être fidèle à quelqu'un ou à quelque chose, je dois d'abord être fidèle à moi-même. Si je cherche l'amour véritable, je dois d'abord en finir avec les amours médiocres que j'ai rencontrées. Le peu d'expérience que j'ai m'a appris que personne n'est maître de rien, que tout n'est qu'illusion - et cela va des biens matériels au biens spirituels. Celui qui a perdu quelque chose qu'il croyait assuré (ce qui m'est arrivé souvent) finit par apprendre que rien ne lui appartient.
Et si rien ne m'appartient, je n'ai pas besoin non plus de me soucier des choses qui ne sont pas à moi ; plutôt vivre comme si aujourd'hui était le premier (ou le dernier) jour de mon existence. »
« Aujourd'hui je suis passée devant un parc d'attractions. Comme je ne peux pas dépenser mon argent avec insouciance, j'ai préférer observer. Je suis restée très longtemps devant les montagnes russes : je voyais que la plupart des gens entraient là en quête d'émotions mais, une fois que les véhicules se mettaient en marche, ils mouraient de peur et suppliaient qu'on les arrête.
Que voulaient-ils ? S'ils avaient choisi l'aventure, ne devaient-ils pas être prêt à allé jusqu'au bout ? Ou bien pensaient-ils qu'il aurait été plus intelligent de ne pas passer par ces hauts et ces bas, et de rester sur un manège à tourner en rond ?
En ce moment, je suis trop seule pour songer à l'amour, mais je dois me persuader que cela va passer, que je trouverai l'emploi qui me convient, et que je suis ici parce que j'ai choisi ce destin. Les montagnes russes, c'est ma vie. La vie est jeu violent et hallucinant ; la vie, c'est se jeter en parachute et prendre des risques, tomber et se relever, c'est de l'alpinisme, c'est vouloir se montrer au sommet de soi-même et être insatisfait et angoissé quand on n'y parvient pas.
Il n'est pas facile d'être loin de ma famille, de la langue dans laquelle je peux exprimer toutes mes émotions et mes sentiments. Néanmoins, à compter d'aujourd'hui, quand je serai déprimée, je me rappellerai ce parc d'attractions. Si j'avais dormi et que je me réveillait brusquement dans les montagnes russes, que ressentirais-je ?
Eh bien, j'aurais d'abord la sensation d'être prisonnière, j'aurais peur des courbes, envie de vomir et de descendre de là. Mais si j'ai la conviction que les rails sont mon destin, que Dieu dirige la machine, ce cauchemar se transforme en excitation. Les montagnes russes ne sont plus ce qu'elles sont, un divertissement sûr et fiable, ayant une fin. Cependant, tant que dure le voyage, il me faut regarder le paysage autour, et hurler d'enthousiasme. »




