La tectonique des sentiments - Eric-Emmanuel Schmit

La tectonique des sentiments - Eric-Emmanuel Schmit
« DIANE. Vous souhaitez, toi et ta femme, que je sois détruite ?

RICHARD (géné). Allons..

DIANE. Naturellement.

RICHARD. Non...

DIANE. Si ! Diane a fait beaucoup de mal, maintenant elle va le payer. Qui n'a pas eu cette idée enfantine qu'une justice existe ? Une justice tissée dans la trame du monde qui, un jour ou l'autre, serre ses filets, puni les scélérats et récompense les gentils.

Elle rit. Richard la dévisage avec méfiance.

DIANE. Qui est bon ? Qui est méchant ? Ça n'existe pas, les bons, les méchants, il n'y a que des actes mauvais ou des actes bons, et, entre eux, des humains qui s'agitent.

RICHARD (essayant de l'apaiser). Allons, Diane...

DIANE. J'ai voulu te punir de me quitter et je me suis vengée ! Résultat ? Tu es heureux. Elina est heureuse.

Épuisée, elle s'assoit.
Touché, Richard s'assoit à côté d'elle.

RICHARD. La tectonique des sentiments.

DIANE. Pardon ?

RICHARD. La tectonique des sentiments. Rappelle-toi, nous en avions parlé un soir. Les sentiments se déplacent comme les croûtes qui forment la Terre. Lorsqu'ils remuent, les continents entraînent des frottements, des raz de marrée, des éruptions, des tsunamis, des tremblements,... C'est ce que nous venons de vivre.

DIANE. Par orgueil, par précipitation, j'ai bousculé les plaques et provoqué une catastrophe.

RICHARD (lui saisissant la main). Voilà. C'est fini. Maintenant, c'est l'accalmie.

DIANE. Non, Richard, les plaques flottent, se déplacent à la surface mais le moteur des collisions subsiste, le feu qui monte des profondeurs, la surchauffe radioactive, la fusion constante. (Avec violence) Même si je refusais d'éprouver des émotions, je ne cesserais pas de les subir. Tant que j'aurai un coeur...

Elle n'ose continuer sur ce ton et rejette la tête en arrière. »

# Posté le mardi 05 février 2008 11:23

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:45

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb
«J'admire la gentillesse qui a pour origine la gentillesse ou l'amour. Mais connaissez-vous beaucoup de gens qui la pratique, cette gentillesse là ? Dans l'immense majorité des cas, quand les humains sont gentils, c'est pour qu'on leur fiche la paix.»

# Posté le vendredi 25 janvier 2008 13:08

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:43

Le Zahir - Paulo Coelho

«La liberté. J'ai été une grande partie de ma vie esclave de quelque chose, donc je devrais comprendre la signification de ce mot. Depuis l'enfance, je me suis battu pour qu'elle soit mon plus grand trésor. J'ai lutté contre mes parents, qui voulaient que je sois ingénieur plutôt qu'écrivain. J'ai lutté contre mes camardes de collège, qui dès le début m'avaient choisi pour victime de leurs blagues perverses, et ce n'est qu'après que beaucoup de sang eut coulé de mon nez et des leurs, après beaucoup d'après-midi où je devais cacher à ma mère les cicatrices – car c'était à moi de résoudre mes problèmes, pas à elle – que j'ai montré que je pouvais prendre une raclée sans pleurer. J'ai lutté pour trouver un emploi qui me permette de subsister, j'ai travailler comme livreur dans un magasin d'outillage pour me libérer du fameux chantage familial : « Nous te donnons de l'argent, mais tu dois faire ceci et cela. »
J'ai lutté – sans résultat – pour la fille que j'aimais adolescent et qui m'aimait aussi; elle a fini par me laisser tomber parce que ses parents l'avaient convaincue que je n'avait pas d'avenir.
J'ai lutté contre le milieu hostile du journalisme, mon emploi suivant ; là, aussi mon premier patron m'a fait attendre trois heures et ne m'a accordé un peu d'attention qu'au moment où j'ai commencé à déchirer en morceaux le livre qu'il était en train de lire; il m'a regardé surpris, et il a vu un garçon capable de persévérer et d'affronter l'ennemi, qualités essentielles pour un bon reporter. J'ai lutté pour l'idéal socialiste, j'ai fini en prison, j'en suis sorti et j'ai continuer à lutter – je me prenais pour un héros de la classe ouvrière – jusqu'au jour où j'ai entendu les Beatles, et où j'ai décidé qu'il était beaucoup plus distrayant d'aimer le rock que Marx. J'ai lutté pour l'amour de ma première, de ma deuxième, de ma troisième femme. J'ai lutté pour avoir le courage de me séparer de la première, de la deuxième, de la troisième, parce que l'amour n'avait pas résisté et que je devais aller de l'avant, jusqu'à ce que je rencontre la personne qui avait été mise au monde pour me rencontrer – et ce n'était aucune des trois.
J'ai lutté pour avoir le courage de quitter mon emploi au journal et de me lancer dans l'aventure de l'écriture d'un livre, même si je savais que dans mon pays personne ne peut vivre de littérature. J'ai renoncé au bout d'un an, après avoir écrit plus de milles pages, qui me paraissaient absolument géniales parce que même moi je n'y commprenais rien.
Pendant que je luttais, j'entendais les gens parler au nom de la liberté, et plus ils défendaient ce droit unique, plus ils se montraient esclaves des désirs de leurs parents, d'un mariage dans lequel ils prometaient de rester avec l'autre « pour le restant de leur vie », de la balance, des régimes, des projets jamais achevés, des amours auxquelles on ne pouvaient pas dire « non » ou « ça suffit », des fins de semaine où ils étaient obligés de manger avec des gens qu'ils n'avaient pas envie de voir. Esclaves du luxe, de l'apparence du luxe, de l'apparence de l'apparence du luxe. Esclaves d'une vie qu'ils n'avaient pas choisie, mais qu'ils avaient décidé de vivre parce que quelqu'un avait fini par les convaincre que cela valait mieux pour eux. Et ainsi leurs jours et leurs nuits se suivaient et se ressemblaient, l'aventure était un mot dans un livre ou une image à la télévision toujours allumée, et quand une porte s'ouvrait, ils disaient toujours :
« Cela ne m'intéresse pas, je n'ai pas envie. »
Comment pouvaient-ils savoir s'ils avaient envie ou non s'ils n'avaient jamais essayé ? Mais poser la question était inutile : en réalité, ils avaient peur d'un changement qui viendrait secouer l'univers de leurs petites habitudes.
L'inspecteur dit que je suis libre. Libre, je le suis maintenant, et libre je l'étais en garde à vue, parce que la liberté est encore ce qui m'est le plus cher en ce monde. Bien sûr, j'ai dû boire des vins que je n'aimais pas, faire des choses que je n'aurais pas dû faire et que je n'ai pas refaites, cela m'a laissé beaucoup de cicatrices sur le corps et dans l'âme, j'ai blessé quelques personnes – auxquelles j'ai finalement demandé pardon, à une époque où j'ai compris que je pouvais tout faire, sauf forcer l'autre à me suivre dans ma folie et dans ma soif de vivre. Je ne regrette pas les moments où j'ai souffert, je porte mes cicatrices comme des médailles, je sais que la liberté coûte très cher, aussi cher que l'esclavage; la seule différence, c'est que vous payez avec plaisir et avec le sourire, même quand c'est un sourire mouillé de larmes.»

Le Zahir - Paulo Coelho

# Posté le samedi 22 décembre 2007 17:18

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:39

Nous les Dieux - Bernard Werber

Nous les Dieux - Bernard Werber
« Si un électron était doué d'une conscience, se douterait-il qu'il est inclus dans cet ensemble beaucoup plus vaste qu'est l'atome ? Un atome pourrait-il comprendre qu'il est inclus dans cet ensemble plus vaste, la molécule ? Et une molécule pourraient-elle comprendre qu'elle est enfermée dans un ensemble plus vaste, par exemple une dent ? Et une dent pourrait-elle concevoir qu'elle fait partie d'une bouche humaine ? A fortiori, un électron peut-il être conscient qu'il n'est qu'une infime partie d'un corps humain ? Lorsque quelqu'un me dit croire en Dieu, c'est comme s'il affirmait : « J'ai la prétention, moi, petit électron, d'entrvoir ce qu'est une molécule. » Et lorsque quelqu'un me dit être athée, c'est comme s'il assurait : « J'ai la prétention, moi, petit électron, d'être sûr qu'il n'y a aucune dimension supérieure à celle que je connais. »
Mais que diraient-ils, croyants et athées, s'ils savaient combien tout est beaucoup plus vaste, beaucoup plus complexe que leur imagination ne saurait l'appréhender ? Quelle déstabilisation subirait l'électron s'il savait qu'il est non seulement enfermé dans la dimension de atomes, molécules, dents, humains, mais que l'humain est lui-même inclus dans une dimension planète, système solaire, espace, et puis quelque chose d'encore plus grand pour quoi nous ne possédons pour l'heure pas de mot. Nous sommes dans un jeu de poupées russes qui nous transcende.
Dès lors, je m'autorise à dire que l'invention par les hommes du concept de dieu n'est peut-être qu'une façade rassurante face au vertige qui les saisit devant l'infinie complexité de ce qui pourrait se trouver effectivement au-dessus d'eux. »



# Posté le vendredi 14 décembre 2007 13:29

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:35

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part - Anna Gavalda

« Elle pleure pour tellement de raisons qu'elle n'a pas envie d'y penser. C'est toute sa vie qui lui revient dans la figure. Alors, pour se protéger un peu, elle se dit qu'elle pleure pour le plaisir de pleurer et c'est tout.»

_

« Elle me dit:
- Tu veux voir mes photos?
J'avais encore envie de dire non mais j'ai fait:
- Ouais, j'aimerais bien.
Elle est partie dans sa chambre. Quand elle est revenue, elle a fermé la porte à clef et elle a foutu tout ce qu'il y avait sur la table par terre avec son bras.
Elle a posé son carton à dessin bien à plat, et elle s'est assise en face de moi.

J'ai ouvert son bazar et je n'ai vu que mes mains. Des centaines de photos en noir et blanc qui ne représentaient que mes mains.

Mes mains sur les cordes des guitares, mes mains autour du micro, mes mains le long de mon corps, mes mains qui tiennent une cigarette, mes mains qui touchent mon visage...

- C'est tout? je lui ai dit.
Pour la première fois, je la regardais dans les yeux pendant plus d'une seconde.

- Tu es déçu?
- Je ne sais pas.
- J'ai pris tes mains en photos parce que c'est la seule chose qui ne soit pas déglinguée chez toi.
- Tu crois?
Elle a fait oui en bougeant la tête. »
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part - Anna Gavalda

# Posté le mercredi 21 novembre 2007 11:22

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:31