« Il est des jours, il est des nuits où l'esprit s'envole vers des ailleurs lointains. Plus rien ne semble vrai. Vous voguez vers l'horizon. A ce moment, si vous avez de la chance, vous rencontrerez le jongleur de mots. Je ne peux vous le décrire, son physique est changeant. Hôte de l'Empyrée, il n'est pourtant pas un dieu. Ce jongleur est un être étrange, lutin et ogre parfois, mais toujours malicieux. Il est blanc, il est noir, mais se nourrit de couleurs. Personne ne sait son nom. Des myriades de mots papillonnent autour de lui. Il les capture dans son filet et les entraîne dans une ronde infinie. Autour de son visage, ces mots se bousculent : galéjade, mâchicoulis, microcosme, grelot, ximénie, pomme d'amour... Comme le petit Prince et son renard, ce jongleur espiègle apprivoise les mots. Sa collection est extraordinaire et ne cesse de s'enrichir. Les mots sont ses amis et il construit un monde particulier. Le brouhaha qui l'entoure est total. Mais, peut-on demander à un mot d'être silencieux ? De toute façon, ce bruit rend heureux. Le jongleur de mots est l'ami de tous les écrivains. S'il était féminin, on le nommerait Muse. Mais il n'est ni homme, ni femme ou est les deux à la fois. Il est agréable comme le zéphyr mais peut se déchaîner si l'envie lui prend. Ne le craignez pas, il est riche de vos pensées les plus secrètes.
Pour croiser le jongleur de mots, vous devez sortir de vous-même. Mais attention ! Il ne vous parlera que si l'enfant blotti en vous est encore vivant. Je le sais, je l'ai rencontré. C'est lui qui m'a soufflé ces mots... »