Qu'est-ce qu'un rapport humain aujourd'hui? Il afflige par sa pauvreté. Quand on voit ce qu'on appelle à présent du beau nom de "rencontre", on se désole. Rencontrer quelqu'un devrait constituer un évenement. Celà devrait boulverser autant qu'un ermite apercevant un anachorète à l'horizon de son désert après quarante jours de solitude.
La vulgarité du nombre à accompli son oeuvre: une rencontre, ce n'est plus rien. On a des exemples paroxystiques : Proust rencontrant Joyce dans un taxi et, pendant cette entrevue unique, ne parlant que du prix de la course; tout se passe comme si plus personne ne croyait aux rencontres, en cette possibilité sublime de connaître quelqu'un.
Le tueur va plus loin que les autres : il prend le risque de liquider celui qu'il rencontre. Cela crée un lien. Si Proust avait assassiner Joyce dans ce taxi, on serait moins déçu, on se dirait que ces deux là c'étaient trouvés.
Certes, cela ne suffit pas, surtout dans le cas du tueur à gages qui n'a pas le droit de savoit qui il supprime. Mais c'est déjà quelque chose. D'ailleurs, l'interdiction précitée est une contradiction dans les termes : quand on tue quelqu'un, on le connaît.
C'est une forme de connaissance biblique : celui qui est assassiné se donne. On découvre de quelqu'un cette intimité absolue : sa mort. »



