Journal d'hirondelle - Amélie Nothomb

Journal d'hirondelle - Amélie Nothomb
« Un tueur est un individu qui s'investit davantage dans ses rencontres que le commun des mortels.

Qu'est-ce qu'un rapport humain aujourd'hui? Il afflige par sa pauvreté. Quand on voit ce qu'on appelle à présent du beau nom de "rencontre", on se désole. Rencontrer quelqu'un devrait constituer un évenement. Celà devrait boulverser autant qu'un ermite apercevant un anachorète à l'horizon de son désert après quarante jours de solitude.
La vulgarité du nombre à accompli son oeuvre: une rencontre, ce n'est plus rien. On a des exemples paroxystiques : Proust rencontrant Joyce dans un taxi et, pendant cette entrevue unique, ne parlant que du prix de la course; tout se passe comme si plus personne ne croyait aux rencontres, en cette possibilité sublime de connaître quelqu'un.
Le tueur va plus loin que les autres : il prend le risque de liquider celui qu'il rencontre. Cela crée un lien. Si Proust avait assassiner Joyce dans ce taxi, on serait moins déçu, on se dirait que ces deux là c'étaient trouvés.
Certes, cela ne suffit pas, surtout dans le cas du tueur à gages qui n'a pas le droit de savoit qui il supprime. Mais c'est déjà quelque chose. D'ailleurs, l'interdiction précitée est une contradiction dans les termes : quand on tue quelqu'un, on le connaît.
C'est une forme de connaissance biblique : celui qui est assassiné se donne. On découvre de quelqu'un cette intimité absolue : sa mort. »

# Posté le samedi 17 novembre 2007 09:57

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:26

Rien de grave - Justine Lévy

Rien de grave - Justine Lévy
«C'est comme si j'étais coincé sur un manège,
le manège tournait, et tournait, et ne s'arrêtait pas. Comment descendre, comment stopper, comment reprendre pied ? Tout tournait autour de moi, et ma tête tournait avec le reste.
Je n'étais pas dans l'hésitation, je n'étais pas dans l'exigence ou le rêve, ou le refus. J'étais dans le vide, pas somnambule, pas zombie, non, juste vide, flottante, un peu ailleurs.»


# Posté le jeudi 01 novembre 2007 15:40

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:25

7 jours pour une éternité - Marc Lévy

7 jours pour une éternité - Marc Lévy
«Je te regarde dormir et Dieu que tu es belle. Tu te retournes dans cette dernière nuit où tu frisonnes, je te serre contre moi, je pose mon manteau sur toi, j'aurais voulu pouvoir en mettre un sur tout tes hivers. Tes traits sont tranquilles, je caresse ta joue, et, pour la première fois de mon existence, je suis triste et heureux à la fois.
C'est la fin de notre moment, le début d'un souvenir qui durera pour moi l'éternité. Il y avait en chacun de nous tant d'accompli et tant d'inachevé quand nous étions réunis.
Je partirai au lever du jour, je m'éloignerai pas à pas, pour profiter encore de chaque seconde de toi, jusqu'à l'ultime instant. Je disparaîtrai derrière cet arbre pour me rendre à la raison du pire. En les laissant m'abbatre, nous sonnerons la victoire des tiens et ils te pardonneront, quelles que soient les offenses. Rentre, mon amour, retourne dans cette maison qui est la tienne et qui te va si bien. J'aurais voulu toucher les murs de ta demeure à l'odeur de sel, voir tes fenêtres les matins qui se lèvent sur des horizons que je ne connais pas, mais dont je sais qu'ils sont les tiens. Tu as réussi l'impossible, tu as changé une part de moi. Je voudrais désormais que ton corps me recouvre et ne plus jamais voir la lumière du monde autrement que par le prisme de tes yeux.
Là où tu n'existes pas, je n'existe plus. Nos mains ensemble en inventaient une à dix doigts; la tienne en se posant sur moi devenait mienne, si justement que, lorsque tes yeux se fermaient, je m'endormais.
Ne sois pas triste, personne ne pourra nous voler nos souvenirs. Il me suffit désormais de fermer mes paupières pour te voir, cesser de respirer pour sentir ton odeur, me mettre face au vent pour deviner ton souffle. Alors écoute: où que je sois je devinerai tes éclats de rire, je verrai les sourires dans tes yeux, j'entendrai les éclats de ta voix. Savoir simplement que tu es là quelque part sur cette terre sera, dans mon enfer, mon petit coin de paradis.
Tu es mon Bachert,
Je t'aime. »

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 15:17

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:23

Le parfum - Patrck Süskind

:



«Je voudrai que ma passion soit la façon dont je respire...mon souffle..qu'être passionnée serait au rythme des battements de mon coeur,ma seule raison sur tout ce qui se doit , ce qui nécessite de passer ou d'être fait par raison...pour enfin..enfin ne plus etre capable de regrets, plus être capable d'aimer autre chose, d'aimer tout court. »




Le parfum - Patrck Süskind

# Posté le mardi 30 octobre 2007 10:56

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:17

Huis clos - Jean-Paul Sartre

Huis clos - Jean-Paul Sartre
Garcin:
-Le bronze...
(Il le caresse)
Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout est prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous les regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent...
(Il se retourne brusquement.)
Ha! vous n'êtes que deux? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses
(Il rit)
Alors, c'est ça l'enfer?
Je n'aurais jamais cru... Vous vour rappelez: le souffre, le bûcher, le gril...
Ah quelle plaisanterie. Pas besoin de gril: l'enfer c'est les Autres.


# Posté le samedi 20 octobre 2007 12:27

Modifié le jeudi 07 août 2008 05:16